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Sartene : la plus corse des villes corses


Mérimée a défini Sartène comme "la plus corse des villes corses" : l'aspect sévère de la ville, l'attachement des habitants à leurs traditions comme la cérémonie du Vendredi-Saint, les luttes sanglantes qui déchirèrent les partis rivaux surtout au
19 ème siècle, semblent lui donner raison.

 

Histoire

Malgré son aspect de vieille ville, Sartène n'est pas si âgée que ça. En effet, c'est en 1550 que les Génois l'édifièrent sur un promontoire rocheux difficile d'accès afin de garantir la sécurité des habitants. C'est le Turc Dragut qui, à la suite de ses assauts, « incita » les Génois à construire une cité fortifiée où pourraient se réunir tous les habitants des hameaux environnants. Malheureusement, les fortifications ne suffirent pas pour arrêter Hassan Veneziano, roi d'Alger, qui en 1583 prit la ville et emmena 400 Sartenais en esclavage et en tua plus d'un.

Son histoire proprement dite qui remonte au haut moyen Age est d'abord celle de la "Piève" (territoire) qui regroupait onze villages et s'étendait du Rizzanese à Roccapina et de la chaîne de Cagna à Tizzano. Mais c'est durant une période allant de la fin du XVe siècle jusqu'au début du XXe que l'on verra naître et s'affirmer dans un contexte difficile, quelquefois dramatique, un centre urbain, exemple rare de petite ville fortifiée de l'intérieur. Après la destruction du castellu médiéval de Baricci ( 1503-1505 ) par l'office de Saint Georges, puis la disparition des derniers seigneurs de la Rocca , Gênes, qui cherchait un lieu pour y établir un petite administration, choisit le site rocheux de Sartène et plus précisément les éperons granitiques du Pitraghju et de Manighedda .

Il existait autour de l'église de piève dédiée aux Saints Cosimu (Côme) et Damianu (Damien), un vieux foyer de peuplement médiéval, organisé en une douzaine de villages et de hameaux.

Au milieu du XVIe siècle, et plus précisément dans les années 1550 - 1552, lorsque la décision est prise de mettre en défense le poste de Sartène, sans doute à l'emplacement de l'un de ces villages médiévaux aux noms mystérieux comme Solaro ou Casa Corbulaccia , ce réseau d'habitats anciens, déjà largement fragilisé par l'insécurité des débuts du XVIe siècle, s'étiole et disparaît. Les familles de la piève, gentilshommes, paysans et artisans, se réfugient dans le bourg de Sartène que l'on entoure de rustiques murailles. Le dispositif défensif épouse la forme du site rocheux et quelques modestes tours d'angles viennent renforcer les murailles.

La population du bourg reste cependant fort modeste et dépasse à peine un demi millier d'âmes. Et si la cité fortifiée n'a rien à craindre de petites bandes armées battant la campagne, elle ne peut en aucun cas subir un siége mené par une troupe aguerrie et bien équipée d'armes à feu. Ainsi, en 1565 Sampieru Corsu en fait la démonstration : 

après 35 jours de siége, il enlève la place et passe la garnison génoise au fil de l'épée tout en faisant payer cher aux Sartenais leur insolence à son égard et leur fidélité à Gênes.

Moins de vingt ans plus tard, alors que les murailles n'avaient été que partiellement relevées, un autre drame eût un grand retentissement dans l'île : en mai 1583, une flottille de plus d'une vingtaine de bâtiments sous le commandement de Hassan Vénéziano, roi d'Alger assisté de Mami Corso et de nombreux autres capitaines de galiotes, jettent l'ancre près de Sinitosa et débarquent prés de 2000 hommes ( archers, janissaires et marins munis d'échelles et de bouches à feu ). Sartène est investie à l'aube du 26 mai, malgré un combat désespéré des habitants ne disposant que d'armes blanches et de six arquebuses. La cité est mise à sac et l'on estime que ce sont près de 400 habitants, soit plus des 2/3 de la population, qui furent emmenés en captivité. Le nombre des rescapés, qui avaient pu sauter les murailles sous la conduite du piévan, juste avant l'assaut, s'élevait à 196.

Mais le site ne fut pas déserté et sa défense renforcée avec l'installation à demeure d'une petite garnison dotée d'armes à feu. A partir des années 1620 - 1630, des maisons de belle facture sont construites hors les murs, dans le "Borgo di foro" entre le nouveau couvent consacré à San Francescu ( Saint François ) et une petite chapelle de confrérie dédiée à San Roccu ( Saint Roch ) et à San Bastianu ( Saint Sébastien ).La cité compte en 1624, 180 foyers et 825 habitants et à la fin du XVIIe, le nombre des habitants est de 1200. Lors de l'insurrection Corse contre Gênes ( 1728 - 1769 ), l a Rocca , rompant avec la tradition de résistance à Gênes de ses anciens seigneurs, ne s'engage pas fermement. Aussi Sartène doit subir par trois fois le siège des troupes du mouvement national ( 1731 à 1736 ).

En 1736, Théodore de Neuhof, aventurier allemand et éphémère roi de Corse, fixe sa résidence à Sartène , et en 1763 se tient au couvent de Sartène la "Cunsulta" des délégués de toute la Corse qui consacre le triomphe de Pascal Paoli.

Un enfant de Manighedda, Ange CHIAPPE, sera l'un des représentants de la Corse à la convention. Sous d'autres cieux, le 15 août 1769, Laetizia, fille d'Angela Maria, une Sartenaise née dans Borgu et du lieutenant Ramolino, de la garnison de Sartène , avait mis au monde un enfant prénommé Napoléon.

Dés le début du XIXe siècle, Sartène connaîtra des rivalités politiques entre familles influentes et l'on retiendra surtout les sanglants événements de 1830 qui déchirèrent durablement cette petite société urbaine. Ils inspirèrent à Prosper Mérimée, en visite dans l'île en 1839, des passages célèbres de Colomba.

Et c'est après cette période sanglante et troublée du premier tiers du XIXe siècle que cette ville connaîtra une série de transformations décisives fondées sur un premier désenclavement routier et maritime. Elle devient une des principales cités de l'île et connaît une véritable apogée à la fin du XIXe, dans le cadre d'une économie rurale. Le petit bourg fortifié est devenu le chef lieu d'un vaste arrondissement couvrant tout le sud de l'île. Il garde, jusqu'en début du XXe siècle, une forte spécificité historique et demeure une citadelle des traditions aristocratiques. Cependant l'installation dans la ville de nombreuses familles d'origine rurale ainsi que le développement de l'effort de scolarisation vont progressivement modifier et lentement démocratiser cette société citadine.

Au cour de la ville, la place Porta , agrandie, devient avec ses premiers cafés, le véritable forum de la cité et le lieu privilégié de la sociabilité urbaine.

Après le premier conflit mondial qui coûta la vie à près de 300 jeunes hommes du canton, la ville paraît se figer dans ses traditions sociales et économiques. Mais des évolutions décisives vont progressivement remettre en cause l'ordre ancien et l'on assiste, dans l'entre deux guerres, à un rapide renouvellement de la population. L'ouverture plus grande de la cité sur le monde extérieur va entraîner des évolutions politiques décisives pour l'avenir et aux vieilles allégeances clanistes se superposerons désormais des engagements idéologiques nettement affirmés.

Le souvenir des menaces successives pesant sur la ville, venues de la mer au XVIe siècle, puis des montagnes au XVIIIe, a sans doute favorisé une sorte de particularisme sartenais fait de méfiance, de repli sur soi et de "splendide isolement" face à un environnement considéré comme hostile.

Les habitants ont aussi montré leur attachement, malgré bien des vicissitudes, aux prérogatives administratives de leur cité, qui était devenu, après la révolution française, le chef lieu d'un des cinq arrondissements de l'île.

 

 

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